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L'analyse fondamentale

L'analyse fondamentale cherche à répondre à une question simple : combien vaut vraiment une entreprise, et son action est-elle chère ou bon marché par rapport à cette valeur ? C'est la méthode de Benjamin Graham, de Warren Buffett et de la plupart des gérants professionnels.

À court terme, le marché est une machine à voter ; à long terme, c'est une machine à peser.

Benjamin Graham, économiste, cité par Warren Buffett
Avant de commencer. Choisir soi-même ses actions demande du temps et comporte un risque de concentration. Même les professionnels qui pratiquent cette analyse à plein temps battent rarement un ETF sur la durée (voir le rapport SPIVA dans le module Les ETF en détail). Ce module explique la méthode ; il ne constitue pas une recommandation.

Les trois documents à connaître

DocumentCe qu'il montreLes lignes clés
Le compte de résultatCe que l'entreprise a gagné ou perdu sur l'annéeChiffre d'affaires, résultat d'exploitation, résultat net, bénéfice par action
Le bilanCe qu'elle possède et ce qu'elle doit à une date donnéeActifs, dettes financières, trésorerie, capitaux propres
Le tableau des flux de trésorerieL'argent réellement entré et sortiFlux d'exploitation, investissements, dividendes et rachats d'actions

Le résultat comptable peut être flatté par des écritures comptables ; la trésorerie, beaucoup moins. C'est pourquoi les analystes regardent de près le flux de trésorerie disponible (free cash flow) : l'argent généré par l'activité, une fois les investissements nécessaires payés. C'est lui qui finance les dividendes, les rachats d'actions et le désendettement.

Les ratios essentiels

RatioCalculCe qu'il indique
Ratio cours sur bénéfice (PER)Cours ÷ bénéfice par actionCombien d'années de bénéfices on paie. Un PER de 20 : on paie 20 fois le bénéfice annuel
PEGPER ÷ croissance annuelle du bénéfice (en %)Le PER rapporté à la croissance. Peter Lynch jugeait intéressant un PEG inférieur à 1
Cours sur valeur comptableCours ÷ capitaux propres par actionUtile pour les banques et les entreprises riches en actifs
Valeur d'entreprise sur EBITDA(Capitalisation + dette nette) ÷ EBITDACompare des entreprises plus ou moins endettées
Marge opérationnelleRésultat d'exploitation ÷ chiffre d'affairesCe qui reste de chaque euro vendu après les coûts de l'activité
Rentabilité des capitaux propres (ROE)Résultat net ÷ capitaux propresCe que l'entreprise rapporte à ses actionnaires sur l'argent qu'ils y ont laissé
Dette nette sur EBITDADette nette ÷ EBITDALe nombre d'années de résultat pour rembourser la dette. Au-delà de 3, la vigilance s'impose
Rendement du dividendeDividende ÷ coursLe revenu versé chaque année. Trop élevé, il peut signaler une entreprise en difficulté
Taux de distributionDividende ÷ bénéfice par actionLa part des bénéfices reversée. Au-delà de 100 %, le dividende n'est pas financé

Un ratio seul ne veut rien dire : on le compare à l'historique de l'entreprise, à ses concurrentes du même secteur et au marché dans son ensemble.

Exemple fictif : deux entreprises du même secteur

Entreprise AEntreprise B
PER1230
Croissance annuelle du bénéfice3 %20 %
PEG41,5
Marge opérationnelle8 %25 %
Dette nette sur EBITDA3,50,5

L'entreprise A paraît bon marché avec un PER de 12, mais elle grandit peu, gagne peu sur chaque vente et reste endettée. B paraît chère, mais sa croissance et sa rentabilité justifient en partie ce prix. Une action « pas chère » n'est pas forcément une bonne affaire.

Au-delà des chiffres : la qualité de l'entreprise

  • L'avantage concurrentiel : ce qui protège l'entreprise de ses concurrents. Une marque forte, des coûts plus bas, un réseau d'utilisateurs, des brevets, ou des clients qui auraient du mal à changer de fournisseur. Buffett parle de « douves » autour du château.
  • Les dirigeants : leur expérience, leur part dans le capital, leur façon d'utiliser les bénéfices.
  • Le secteur et le cycle : une entreprise cyclique peut afficher un PER très bas au sommet de son cycle, juste avant que ses bénéfices ne chutent.
  • Les risques : dépendance à un client, à un pays, à une matière première, à une réglementation.

Estimer une valeur : l'actualisation des flux

Une entreprise vaut la somme de l'argent qu'elle produira dans le futur, ramenée à sa valeur d'aujourd'hui. Les analystes estiment les flux de trésorerie futurs, puis les « actualisent » avec un taux qui reflète le risque : c'est la méthode des flux actualisés (DCF).

Exemple fictif simplifié

Une entreprise génère 10,5 millions d'euros de flux de trésorerie disponible l'an prochain, avec une croissance attendue de 2 % par an pour toujours. Sa valeur se calcule ainsi : flux ÷ (taux d'actualisation − croissance).

Taux d'actualisation retenuValeur estimée
7 %210 M€
8 %175 M€
9 %150 M€

Un seul point d'écart sur une hypothèse change la valeur de 15 à 20 %. D'où la notion de marge de sécurité chère à Benjamin Graham : n'acheter que nettement sous la valeur estimée, pour se protéger de ses propres erreurs d'hypothèse.

Les grands styles d'investissement

StyleCe qu'il rechercheSon risque
Value (valeur)Des entreprises décotées par rapport à leur valeur estiméeAcheter une entreprise en déclin durable
CroissanceDes entreprises dont les bénéfices augmentent vitePayer trop cher des promesses
QualitéDes entreprises très rentables, peu endettées, avec un avantage durableDes prix souvent déjà élevés
RendementDes dividendes réguliers et en hausseDes dividendes non soutenables

Où trouver l'information

  • Le rapport annuel ou le document d'enregistrement universel, publié par les sociétés cotées françaises sur leur site, rubrique investisseurs.
  • Les communiqués de résultats trimestriels ou semestriels, et les présentations aux investisseurs.
  • La base de données de l'AMF, qui recense les documents réglementaires des sociétés cotées.

Si vous voulez choisir vos actions : la méthode cœur-satellite

La plupart des investisseurs qui choisissent des actions le font sur une petite partie de leur portefeuille. Le cœur (souvent 80 à 90 %) reste investi en ETF diversifiés, avec des versements réguliers ; le satellite (10 à 20 %) sert à appliquer ses propres analyses.

  • Ne pas dépasser 5 % du portefeuille sur une seule entreprise.
  • Écrire, avant d'acheter, pourquoi on achète et ce qui ferait changer d'avis.
  • Comparer chaque année sa performance à celle d'un ETF mondial : si l'on fait moins bien plusieurs années de suite, l'ETF est la meilleure option.

À retenir

  • Une entreprise se juge sur ses résultats, sa trésorerie, sa dette et la solidité de son avantage concurrentiel.
  • Un ratio ne se lit jamais seul : on le compare au secteur et à l'historique.
  • Toute valorisation repose sur des hypothèses fragiles : d'où la marge de sécurité.
  • Même bien pratiquée, la sélection d'actions bat rarement un ETF sur la durée.

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1. Une action affiche un PER de 25. Qu'est-ce que cela signifie ?
2. Qu'est-ce que le flux de trésorerie disponible (free cash flow) ?
3. Que mesure la rentabilité des capitaux propres (ROE) ?
4. Dans une méthode des flux actualisés, que devient la valeur estimée si le taux d'actualisation augmente ?
5. Qu'est-ce que la méthode cœur-satellite ?