À court terme, le marché est une machine à voter ; à long terme, c'est une machine à peser.
Les trois documents à connaître
| Document | Ce qu'il montre | Les lignes clés |
|---|---|---|
| Le compte de résultat | Ce que l'entreprise a gagné ou perdu sur l'année | Chiffre d'affaires, résultat d'exploitation, résultat net, bénéfice par action |
| Le bilan | Ce qu'elle possède et ce qu'elle doit à une date donnée | Actifs, dettes financières, trésorerie, capitaux propres |
| Le tableau des flux de trésorerie | L'argent réellement entré et sorti | Flux d'exploitation, investissements, dividendes et rachats d'actions |
Le résultat comptable peut être flatté par des écritures comptables ; la trésorerie, beaucoup moins. C'est pourquoi les analystes regardent de près le flux de trésorerie disponible (free cash flow) : l'argent généré par l'activité, une fois les investissements nécessaires payés. C'est lui qui finance les dividendes, les rachats d'actions et le désendettement.
Les ratios essentiels
| Ratio | Calcul | Ce qu'il indique |
|---|---|---|
| Ratio cours sur bénéfice (PER) | Cours ÷ bénéfice par action | Combien d'années de bénéfices on paie. Un PER de 20 : on paie 20 fois le bénéfice annuel |
| PEG | PER ÷ croissance annuelle du bénéfice (en %) | Le PER rapporté à la croissance. Peter Lynch jugeait intéressant un PEG inférieur à 1 |
| Cours sur valeur comptable | Cours ÷ capitaux propres par action | Utile pour les banques et les entreprises riches en actifs |
| Valeur d'entreprise sur EBITDA | (Capitalisation + dette nette) ÷ EBITDA | Compare des entreprises plus ou moins endettées |
| Marge opérationnelle | Résultat d'exploitation ÷ chiffre d'affaires | Ce qui reste de chaque euro vendu après les coûts de l'activité |
| Rentabilité des capitaux propres (ROE) | Résultat net ÷ capitaux propres | Ce que l'entreprise rapporte à ses actionnaires sur l'argent qu'ils y ont laissé |
| Dette nette sur EBITDA | Dette nette ÷ EBITDA | Le nombre d'années de résultat pour rembourser la dette. Au-delà de 3, la vigilance s'impose |
| Rendement du dividende | Dividende ÷ cours | Le revenu versé chaque année. Trop élevé, il peut signaler une entreprise en difficulté |
| Taux de distribution | Dividende ÷ bénéfice par action | La part des bénéfices reversée. Au-delà de 100 %, le dividende n'est pas financé |
Un ratio seul ne veut rien dire : on le compare à l'historique de l'entreprise, à ses concurrentes du même secteur et au marché dans son ensemble.
Exemple fictif : deux entreprises du même secteur
| Entreprise A | Entreprise B | |
|---|---|---|
| PER | 12 | 30 |
| Croissance annuelle du bénéfice | 3 % | 20 % |
| PEG | 4 | 1,5 |
| Marge opérationnelle | 8 % | 25 % |
| Dette nette sur EBITDA | 3,5 | 0,5 |
L'entreprise A paraît bon marché avec un PER de 12, mais elle grandit peu, gagne peu sur chaque vente et reste endettée. B paraît chère, mais sa croissance et sa rentabilité justifient en partie ce prix. Une action « pas chère » n'est pas forcément une bonne affaire.
Au-delà des chiffres : la qualité de l'entreprise
- L'avantage concurrentiel : ce qui protège l'entreprise de ses concurrents. Une marque forte, des coûts plus bas, un réseau d'utilisateurs, des brevets, ou des clients qui auraient du mal à changer de fournisseur. Buffett parle de « douves » autour du château.
- Les dirigeants : leur expérience, leur part dans le capital, leur façon d'utiliser les bénéfices.
- Le secteur et le cycle : une entreprise cyclique peut afficher un PER très bas au sommet de son cycle, juste avant que ses bénéfices ne chutent.
- Les risques : dépendance à un client, à un pays, à une matière première, à une réglementation.
Estimer une valeur : l'actualisation des flux
Une entreprise vaut la somme de l'argent qu'elle produira dans le futur, ramenée à sa valeur d'aujourd'hui. Les analystes estiment les flux de trésorerie futurs, puis les « actualisent » avec un taux qui reflète le risque : c'est la méthode des flux actualisés (DCF).
Exemple fictif simplifié
Une entreprise génère 10,5 millions d'euros de flux de trésorerie disponible l'an prochain, avec une croissance attendue de 2 % par an pour toujours. Sa valeur se calcule ainsi : flux ÷ (taux d'actualisation − croissance).
| Taux d'actualisation retenu | Valeur estimée |
|---|---|
| 7 % | 210 M€ |
| 8 % | 175 M€ |
| 9 % | 150 M€ |
Un seul point d'écart sur une hypothèse change la valeur de 15 à 20 %. D'où la notion de marge de sécurité chère à Benjamin Graham : n'acheter que nettement sous la valeur estimée, pour se protéger de ses propres erreurs d'hypothèse.
Les grands styles d'investissement
| Style | Ce qu'il recherche | Son risque |
|---|---|---|
| Value (valeur) | Des entreprises décotées par rapport à leur valeur estimée | Acheter une entreprise en déclin durable |
| Croissance | Des entreprises dont les bénéfices augmentent vite | Payer trop cher des promesses |
| Qualité | Des entreprises très rentables, peu endettées, avec un avantage durable | Des prix souvent déjà élevés |
| Rendement | Des dividendes réguliers et en hausse | Des dividendes non soutenables |
Où trouver l'information
- Le rapport annuel ou le document d'enregistrement universel, publié par les sociétés cotées françaises sur leur site, rubrique investisseurs.
- Les communiqués de résultats trimestriels ou semestriels, et les présentations aux investisseurs.
- La base de données de l'AMF, qui recense les documents réglementaires des sociétés cotées.
Si vous voulez choisir vos actions : la méthode cœur-satellite
La plupart des investisseurs qui choisissent des actions le font sur une petite partie de leur portefeuille. Le cœur (souvent 80 à 90 %) reste investi en ETF diversifiés, avec des versements réguliers ; le satellite (10 à 20 %) sert à appliquer ses propres analyses.
- Ne pas dépasser 5 % du portefeuille sur une seule entreprise.
- Écrire, avant d'acheter, pourquoi on achète et ce qui ferait changer d'avis.
- Comparer chaque année sa performance à celle d'un ETF mondial : si l'on fait moins bien plusieurs années de suite, l'ETF est la meilleure option.
À retenir
- Une entreprise se juge sur ses résultats, sa trésorerie, sa dette et la solidité de son avantage concurrentiel.
- Un ratio ne se lit jamais seul : on le compare au secteur et à l'historique.
- Toute valorisation repose sur des hypothèses fragiles : d'où la marge de sécurité.
- Même bien pratiquée, la sélection d'actions bat rarement un ETF sur la durée.
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